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Le paysage et la mémoire du charbon

En forêt ou dans les secteurs d’alpage on découvre fréquemment, lorsque disparaît le manteau neigeux, des zones très noires, cendreuses ou de très belles couches charbonneuses, épaisses  parfois de plusieurs dizaines de centimètres. Ces foyers anciens, qui peuvent être des charbonnières, des vestiges de fours, ou encore des restes de constructions (charpentes, portes, meubles carbonisés), attirent aisément le regard du promeneur curieux. Ils proviennent souvent d’une utilisation ponctuelle du bois par les hommes.
Le chercheur repère en forêt les replats aménagés des anciennes plates formes à flanc de versant. Un sondage par la carottière apporte la preuve qu’on se trouve bien sur l’emplacement réel de la charbonnière.

Dans le Vercors, une forte présence de charbon est constatée dans les sondages effectués en divers secteurs des Hauts plateaux, notamment sous le grand Veymont et récemment près du Pas de Chabrinel. Ceci pourrait être rattaché à la déforestation entreprise par les pasteurs du Moyen Age, à l’activité des charbonniers aux époques moderne et contemporaine, ou à des incendies spontanés.

Quelles étaient ses utilisations ?
Les utilisations du charbon de bois étaient multiples et variées :

  • Usage domestique : chauffage et cuisson des aliments, alimentation des fers à repasser.
  • Artisanat et industrie : travail du fer et des autres métaux, gazogènes.
  • Armement : il était un des composants essentiels de la poudre noire (mélangé à du soufre et du salpêtre).
  • Médecine : remède contre certains problèmes gastriques
  • Autre : il entrait dans la composition de certaines peintures, servait à l’épuration du gaz d’éclairage et au filtrage des jus de betteraves…

A quoi voyait-on que c’était un bon charbon ?
Selon les professionnels, il doit être bien cuit, et présenter la forme du végétal qui l’a produit : il est noir, brillant, dur, pesant, solide et se cassant difficilement, salissant faiblement les doigts, ne présentant pas de fentes considérables, et d’autant plus compact qu’il provient d’un bois plus dur et résulte d’une carbonisation graduelle et lente. Il s’allume facilement, brûle avec vivacité et sans répandre d’odeur désagréable.

On se demande si dans les massifs calcaires comme le Vercors, le charbonnage intensif n’a pas contribué à la mise à nu des lapiaz.

Avec quelles essences charbonne-t-on dans le Vercors ?
Dans le courant du XXe siècle, le hêtre a eu la préférence des professionnels du charbonnage dans la région. Mais à certaines époques, on a utilisé sciemment-à des fins scientifiques et techniques et non pas simplement pour des raisons économiques-la plupart des essences qui poussent dans le Vercors, du chêne au pin de montagne.
La qualité du charbon agit incontestablement sur celle de l’acier

Du charbon de bois au charbon de terre…
A partir de la fin du XVIIIe siècle, le charbon de terre fait son apparition. Le potentiel forestier du Vercors s’épuise ce qui fait gonfler le prix du charbon de bois. Les maîtres de forge subissent un véritable « choc charbonnier » : le prix du combustible quadruple en une génération ! La peur de manquer de bois a incité les maîtres de forge anglais ainsi que quelques entrepreneurs français à utiliser la coke. Or le transport d’un tel combustible est encore trop cher, et ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que la compétition entre la houille et le bois de feu apparaît en France. Le charbon de bois garde tout de même l’avantage de ne pas dégager d’odeur désagréable, à l’instar de la houille, qui n’infiltre donc pas les usages domestiques.

 

Suite.... utilisation de la forêt au cours de l'histoire

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